Frederick Mba Missang décrypte le putsch manqué



Frederick Mba Missang, chercheur associé au sein de « Les Afriques dans le monde » de Sciences Po Bordeaux et consultant au ministère de la Défense du Gabon nous décrypte sur le putsch manqué par le mouvement patriotique des jeunes des forces de défense et de sécurité du Gabon (MPJFDS).

Pour Frederick Mba Missang, le flou politique qui règne depuis qu’Ali Bongo se trouve en dehors du territoire est à l’origine des événements : « la Cour constitutionnelle ne pouvant constater la vacance du pouvoir, la présidente de la Cour a préféré ajouter un mot dans la Constitution »

Le 14 novembre dernier, Marie-Madeleine Mborantsuo, la présidente de la Cour constitutionnelle, qui n’est autre que l’ancienne maîtresse d’Omar Bongo – le père d’Ali Bongo, au pouvoir pendant 30 ans -, a modifié la Constitution gabonaise pour pallier l’absence prolongée du chef de l’Etat. En ajoutant un alinéa à l’article 13 de cette dernière, elle autorise désormais le vice-président à présider le Conseil des ministres « en cas d’indisponibilité temporaire du président de la République pour quelque cause que ce soit (…) »

Pour le chercheur, Cette tentative de soulèvement a d’autant plus suscité la surprise et l’interrogation qu’elle était organisée par un parfait inconnu. Commandant adjoint au sein de la garde d’honneur dirigée par Frédéric Bongo – le petit frère d’Ali Bongo –, Kelly Ondo Obiang n’avait jamais fait parler de lui avant. Alors, pour Frederick Mba Missang, « Kelly Ondo Obiang n’est que la face visible de la tentative de coup d’Etat qui s’est passée au Gabon » .

En analysant la situation d’après la logique militaire, Frederick déclare « Il n’y a pas de coup d’Etat militaire sans que la classe politique et que la classe stratégique ne soient associées (…) Lorsqu’un subalterne réagit, il le fait toujours en connivence avec un officier supérieur ou général. Il ne peut pas décider en un jour d’aller faire un putsch militaire sans qu’il ne soit avec des gens qui lui donnent l’ordre de le faire. » Reste à savoir qui se trouve derrière cette tentative de putsch. Si Ondo Obiang n’avait pas donné d’informations lors de son arrestation, son interrogatoire – ainsi que celui de sept autres officiers – pourra peut-être apporter des éléments de réponse à la question.

L’échec de la mobilisation

Malgré les nombreuses critiques émises à l’encontre du gouvernement en place – notamment par les partis de l’opposition -, l’appel au soulèvement n’a connu aucun écho dans la société gabonaise. Alors que les militaires putschistes avaient encouragé plusieurs personnalités politiques à les rejoindre, aucune d’entre elles n’a souhaité le faire.
Pour Frederick Mba Missang, cela peut s’expliquer par le fait que le peuple gabonais refuse une transition par les armes :
« Déjà en 2016, pendant les élections présidentielles, c’était l’occasion pour le peuple gabonais de contester les résultats. Ils l’ont fait, mais à un moment donné, lorsqu’ils ont vu que la violence prenait le dessus, il y a eu des désistements (…) Face à l’armée, le peuple ne voulait pas se donner en chair à canon. »


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