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Brice Laccruche Alihanga, appelle à la rescousse la justice française.

Brice Laccruche Alihanga, directeur de cabinet du président Ali Bongo Ondimba
Brice Laccruche Alihanga, directeur de cabinet du président Ali Bongo Ondimba


La justice française vient d’hériter d’un dossier sensible, sur fond(s) de françafrique : une plainte contre X «pour détention arbitraire, violences volontaires et menaces de mort» déposée mercredi devant le doyen des juges d’instruction parisiens par Brice Laccruche Alihanga, ancien directeur de cabinet du potentat gabonais Ali Bongo. S’estimant maltraité à Libreville, il appelle la justice hexagonale au secours, au nom de sa double nationalité franco-gabonaise.

Nommé en août 2018 auprès d’Ali Bongo, successeur de son omnipotent père Omar, Brice Laccruche verra ses compétentes très vite élargies à la suite de l’accident vasculaire cérébral, trois mois plus tard, du président gabonais – lequel n’est depuis plus que l’ombre de lui-même, passant l’essentiel de son temps à se faire soigner au Royaume-Uni. De quoi lui faire pousser des ailes ? De fait, le directeur de cabinet montera très vite une Association des jeunes émergents volontaires (Ajev), ambitionnant clairement de prendre les rênes du pays.

«Après l’AVC du président Bongo, Laccruche a réussi à imposer ses hommes aux ministères et administrations stratégiques. Sauf dans l’armée. Beaucoup les soupçonnaient de mettre de côté un trésor de guerre pour affronter l’éventualité d’une présidentielle anticipée, raconte un bon connaisseur de la scène politique gabonaise. Il lui est notamment reproché d’avoir imposé des proches lors des élections législatives et locales de 2018, sur des sièges réservés à une certaine élite. Surtout, Laccruche a effectué une « tournée républicaine » dans le pays au nom du président malade, qui a mobilisé tout le gouvernement, l’administration et les entreprises publiques. Ses détracteurs ont estimé que le directeur de cabinet préparait l’opinion publique à une prise de pouvoir.»

Détournement de fonds publics

Ce ne fut pas du goût de Noureddine Bongo, fils d’Ali, autoproclamé «coordinateur des affaires présidentielles», sans droits ni titres mais chargé «d’assister le président de la République dans la conduite de toutes les affaires de l’Etat.» En novembre 2019, est déclenchée en haut lieu «l’opération scorpion» : Ali Bongo, lors d’un bref aller-retour express entre Londres et Libreville, décide qu’il serait enfin temps «d’intensifier la lutte contre la corruption». Et de prononcer dans la foulée une rafale de mutations et de nominations au sein de la justice locale, en tant que «chef de l’Etat, président du Conseil supérieur de la magistrature», en une singulière conception de la séparation des pouvoirs.

Cela n’a pas traîné : dix jours plus tard, Brice Laccruche était embastillé, mais aussi son frère Grégory, maire d’Akanda, ainsi qu’une vingtaine de compagnons de route affiliés à l’Ajev, poursuivis pour détournement de fonds publics – à hauteur de 30 milliards de francs CFA, soit 45 millions d’euros. Dont un ancien porte-parole de la présidence gabonaise sans la moindre compétence budgétaire.

Ange Nzigou, avocat du directeur de cabinet déchu, tente de résumer l’embrouille politique : «Brice a proclamé la fin des Bongo. Ce n’est pas passé…» Sur le plan pénal, sa plainte vise les conditions de détention à la prison de Libreville, dans une cellule de 9m2 avec trois codétenus, mais surtout l’absence d’accès au dossier pénal fomenté par l’accusation. Sur le papier, le droit gabonais est en avance sur le droit français, les avocats en défense ayant théoriquement le droit de le consulter dès le placement en garde à vue. Trois mois et une mise en examen plus tard, ils n’ont toujours rien… Entre autres violations du code de procédure pénal gabonais, la plainte française souligne l’explosion du délai légal de garde à vue (dix jours au lieu de six). Elle mentionne également des «menaces de mort lors d’interrogatoires de nuit, menés de manière extrajudiciaire dans la maison d’arrêt».

«Complot»

Evidemment, la France sera soupçonnée d’exercer une justice néocoloniale. Mais «les victimes, les frères Laccruche, ont la nationalité française, tout comme le principal instigateur du complot, Nourredine Bongo», tient à souligner Dominique Inchauspé, avocat parisien épaulant son homologue gabonais. A ce titre, le consul de France à Libreville leur a déjà rendu visite en prison, histoire de vérifier leurs conditions carcérales. MInchauspé brandit également une jurisprudence de la Cour de cassation de 2012, à propos d’une opposante franco-camerounaise : «La coutume internationale s’oppose à la poursuite pénale des Etats étrangers et de leurs dirigeants, mais le juge d’instruction saisi à l’obligation d’informer sur tous les faits d’une plainte» transfrontalière.

De son côté, le porte-parole de la présidence gabonaise, Jessye Ella Ekogha, balaie d’un revers de main les éventuelles conséquences de la plainte déposée en France. «La loi gabonaise est applicable et c’est la justice gabonaise qui rendra les décisions.» Et d’ajouter : «Nourredine Bongo Valentin n’a aucune fonction dans l’appareil judiciaire. Donc, il ne peut pas être tenu responsable des poursuites, ce qui est du ressort du procureur de la République.» Voire

Le tandem d’avocats, si leur plainte est acceptée, se promet de formuler une première demande d’acte en urgence : l’audition des plaignants par la justice française, du fond de leur cellule. Puis celle de quelques hiérarques de la magistrature gabonaise, éventuellement suivie d’un mandat d’arrêt international en cas de refus de coopérer. Barnum françafricain garanti.


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