Les oreilles de Bongo resteront-elles françaises ?



Que valent les renseignements quand ils ne sont plus transmis ? C’est la question qui taraude,
à Paris et Libreville, les cercles sécuritaires franco-gabonais, inquiets de l’avenir du Silam, le
service d’interception (téléphone et internet) mis en place au début des années 1980 par Paris
pour Omar Bongo et qui a continué à servir la présidence gabonaise. Œuvrant exclusivement
pour le compte d’Ali Bongo et ne rendant compte qu’à lui, le français Jean-Charles Solon n’a
pas vu le chef de l’Etat gabonais depuis de long mois et se trouve totalement isolé dans la
nouvelle configuration du pouvoir gabonais, centrée sur le coordinateur de la présidence et
fils ainé du président Nourredin Bongo et son équipe. De son côté, la nouvelle équipe au
pouvoir n’a rien fait pour rompre l’isolement du Silam, dont le lien exclusif avec la
présidence a suscité beaucoup de jalousie. Dans l’entourage d’Ali Bongo, nombreux sont
ceux qui estiment avoir été indument placés sur écoute par les équipes du Silam, notamment
lors de crises familiales ou intime, et qui jugent que le centre a beaucoup trop de pouvoir. Les
considérables moyens financiers du centre suscitent également la jalousie des nouveaux
responsables placés à la tête des institutions sécuritaires du pays, ce d’autant plus qu’aucun
d’entre eux n’a accès à la production du Silam, qui n’est communiquée qu’à Ali Bongo par le
directeur du centre d’interception en personne. Soucieux de mettre en place une structure dont
la production soit distribuée de manière plus collégiale, la nouvelle équipe présidentielle a
commencé à solliciter quelques spécialistes britanniques et israéliens. L’initiative n’est pas
passée inaperçue à Paris. Car si le Silam travaille exclusivement pour Ali Bongo, son
directeur, c’est le cas de Jean-Charles Solon est traditionnellement issu des services de
renseignement français et reste un interlocuteur de Paris. C’est tout particulièrement le cas sur
toutes les questions qui touchent aux câbles télécoms sous-marins, dont l’Afrique est un
carrefour. Or l’un des atouts de la France dans les échange techniques avec les grandes
puissances du renseignement est l’accès privilégié dont elle dispose aux infrastructures
télécoms sous-marine, et ce grâce à ses accords de coopération avec plusieurs pays,
notamment Djibouti, le Sénégal ainsi que le Gabon. La potentielle perte d’influence du Silam

à Libreville aurait donc des répercussions bien larges que sur les seules relations franco-
gabonaises.


PARTAGER