Danièle Obono en esclave dans « Valeurs Actuelles » : l’abject désir de mettre les Noirs à genoux

La députée Danièle Obono à l'Assemblée nationale, à Paris, en octobre 2018 © Paris, France le 17 Octobre, 2018 - Les deputes dans la salle des 4 colonnes pendant la seance de questions au gouvernement a l assemblee nationale - daniele obono © Vincent Isore/IP3/MAPPP
La députée Danièle Obono à l'Assemblée nationale, à Paris, en octobre 2018 © Paris, France le 17 Octobre, 2018 - Les deputes dans la salle des 4 colonnes pendant la seance de questions au gouvernement a l assemblee nationale - daniele obono © Vincent Isore/IP3/MAPPP


La représentation de la députée Danièle Obono en esclave par le magazine témoigne d’une volonté de soumettre les minorités. La condamnation unanime du journal est appréciable mais tardive.

On ne sait plus vraiment ce qui surprend le plus. Bien sûr, on s’étrangle en voyant que l’hebdomadaire Valeurs Actuelles ose publier un « roman de l’été » dépeignant Danièle Obono en esclave, une chaîne lui enserrant le cou. Les illustrations signées Pascal Garnier parlent d’elles-mêmes… Mais il faut lire la prose ignominieuse qui l’accompagne pour vraiment goûter l’amertume du crachat lancé à la députée.

Un certain « Harpalus », courageux pseudonyme utilisé par le rédacteur de l’ignoble fiction, imagine Danièle Obono catapultée dans une Afrique imaginée par un cerveau malade : primitive, malodorante, régie sans partage par les hommes, et où les Africains sont les seuls responsables de la traite.

Homme blanc en colère

La députée, livrée par le chef de son village à des négriers, subit toutes formes d’humiliations. Elle n’est pas violée « en raison de son âge trop avancé » (comble sans doute du déshonneur dans l’esprit du rédacteur), mais néanmoins exposée au public sur le marché aux esclaves vêtue d’un simple cache-sexe, et, comme les autres femmes, « tâtées de toutes parts » avant d’être vendue au pacha « Bal-al-Adur » (mesurez la qualité de l’humour du magazine et la turpitude de fantasmes dignes des temps coloniaux).

L’hebdomadaire qui fait mine de dénoncer dans cette fiction la responsabilité des Africains dans l’esclavage poursuit, on l’a compris, un objectif bien différent : soumettre l’Insoumise. Faire taire l’une des grandes gueules de l’Assemblée républicaine. Et mettre à genoux une Française noire qui a un peu trop relevé la tête.

L’injure de l’hebdomadaire répond à l’envie de revanche de « l’angry white male » américain, l’homme blanc en colère, contre les minorités qui menacent sa suprématie. Il ne vise pas seulement la députée, mais tous ces « Français d’origine » qui voudraient s’exprimer un peu trop haut, un peu trop librement et qu’il faut remettre à leur place « naturelle »… C’est-à-dire très bas.

En occultant la responsabilité des Européens dans la traite, le magazine réécrit une fois de plus l’Histoire dans le sens qui l’arrange, changeant par un tour de magie abominable les victimes en bourreaux.

Indifférence complice

Le procédé n’est pas seulement dégradant pour Danièle Obono. La députée elle-même a parlé de « souillure indélébile ». Il tombe sous le coup de la loi : en France, l’incitation à la haine raciale est un délit. Une enquête a d’ailleurs été ouverte par le parquet de Paris le 31 août.


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